Histoire de chaussures

Cette histoire est vraie et tous les personnages ont réellement existé.

Aujourd’hui, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Le 15ème , en ce temps-là, avait son Roi des Chaussures.

Au fond de la rue Juge, une petite allée peu commerçante, se cachait un minuscule magasin, plein de chaussures italiennes.
Le tenancier était un truculent  Italien: il parlait avec un accent épouvantable, en roulant les ‘r’ et en faisant beaucoup de gestes.
Si un jour je devais choisir une caricature d’Italien, je choisirai le Roi des Chaussures de la rue Juge.

Lui acheter des chaussures, c’était aller au théâtre, assister à un véritable spectacle !
N’importe qui ne pouvait pas prétendre acheter ses chaussures : il fallait être parrainé par une Princesse (c’est-à-dire une de ses clientes).
La première fois, l’une de mes vieilles amies m’a amené chez lui.
Elle m’avait prévenu que je devrais faire preuve d’une patience infinie car il fallait d’abord mériter d’acheter les chaussures de l’italien. Elle m’avait dit que, parfois, il refusait de vendre à une cliente.

Je suis donc arrivée chez l’Italien. Il s’est jeté sur mon amie en lui donnant des « Ma Prrrrrrincesse » par ci et des « Ma Prrrrrrincesse » par là.
A moi, pas un regard !
Tandis qu’il courait dans tous les sens, apportant des chaussures à  sa Princesse, je regardais les modèles…m’extasiant, demandant ma pointure.
Invariablement, il me répondait sèchement : « je n’ai pas votrrrrre pointurrrrrrre ! », se tournant ensuite vers sa Princesse à qui il parlait d’un ton mielleux.

J’étais prévenue…alors je me suis accrochée, patiemment, trouvant toutes les chaussures belles, m’extasiant sur la finesse des peaux, sur l’allure des modèles. J’ai pratiqué la flatterie sans vergogne.

Au bout d’un moment, l’Italien est parti dans son arrière boutique. Il est en revenu avec un morceau de chaussure abimé.
Alors, d’un ton furieux, il m’a expliqué en quoi SES chaussures étaient les plus belles du monde, les mieux faites.
Arrachant rageusement des bouts de cette pauvre chaussure, il m’a expliqué comment on fabriquait une chaussure avec amour, comment le talon devait être parfaitement adapté à la cambrure, comment les peaux devaient être sélectionnées avec attention …..
Et surtout, il m’a dit sa haine de tous ces fabricants pourris qui n’ont aucune connaissance et copient sans scrupule, modifiant pour des raisons de coûts, une hauteur ou une cambrure, ruinant ainsi toute l’esthétique de la chaussure et surtout son confort !

En moins d’une heure, j’ai tout su sur la fabrication de la chaussure.
Et surtout, j’ai appris que ces chaussures uniques qui s’étalaient devant moi étaient vendues à 1000$ à New York ou à Milan alors que, dans sa modeste boutique, elles n’étaient qu’à 350 Francs !
Ah, il y mettait du cœur l’Italien !

Je l’écoutais, médusée. J’étais autant fascinée par les détails techniques que par sa fougue, son enthousiasme, sa rage…de toutes ces émotions qu’il exprimait sur le simple sujet d’une chaussure !

Au bout d’un moment, il m’a dit : « Alorrrrs, Prrrrrincesse, que voulez-vous essayer ? »
VICTOIRE !! J’avais été adoubée ! Je devenais Princesse, digne de porter SES chaussures.

J’ai alors eu le droit à essayer des modèles…et j’en ai choisi un.
Malheureuse que j’étais ! J’avais l’outrecuidance de n’acheter qu’une seule paire de chaussures alors que d’autres Prrrrrrrincesses venaient de toute la France, lui achetant parfois quarante paires de chaussures d’un coup !
Et moi, une seule paire ? J’étais pire qu’une Cendrillon en haillon !

J’ai réussi à négocier pour n’acheter que deux paires de chaussures car je venais juste de commencer à travailler dans la vie et je n’avais pas beaucoup de sous.

Après avoir choisi mes deux paires de chaussures, j’ai eu droit au cours sur « prendre soin et nettoyer ses chaussures ».
Encore, un fois, il s’est lancé dans un discours rageur au sujet de tous les produits pourris vendus sur le marché.
Vociférant, il me disait : « Vous devez traiter vos chaussures comme votre visage ! Vous ne pouvez mettre sur vos chaussures que ce que vous mettez sur votre figure » Evidemment, il n’était pas question d’amener SES chaussures chez nous et de ne pas en prendre soin.
Il faut savoir que, même une fois payée, la chaussure restait la propriété de l’Italien.
Il fallait surtout bien les nettoyer avant de revenir le voir pour en acheter d’autres car il vérifiait comment on avait traité SES merveilles ! 

En résumé, pour l’entretien, il faut du lait démaquillant. Pour la mise en été des bottes : passez une fine couche d’huile d’olive, mettre en boite et attendre l’hiver suivant.

Pendant plusieurs années, je  n’ai jamais acheté une paire de chaussures ailleurs que chez lui. Je porte, encore aujourd’hui et plus de quinze ans après, les bottes et escarpins de l’Italien : c’est dire à quel point elles sont de bonne qualité !

J’y ai souvent amené des amies et parfois j’ai été très gênée car l’Italien était odieux avec les nouvelles personnes.
Je l’ai vu au jour sortir une cliente de son magasin en disant qu’il n’y avait rien à vendre.
La cliente lui montrant une paire de chaussures : « ben c’est quoi ca ? »
L’Italien : « c’est rrrrrien, sorrrrtez !!  ».
Au autre jour, je l’ai entendu dire à une cliente qu’elle avait de trop grosses jambes et qu’aucune de ses chaussures ne pouvait aller sur de telles jambes !
Je l’ai entendu répondre à une dame que ses pieds étaient tellement forts qu’il ne lui vendrait rien. 

Bref, qui n’avait pas le statut de Prrrrincesse n’avait aucune chance de porter les merveilleuses chaussures de l’Italien.
Le stade ultime consistait à se voir proposer la ‘cuvée spéciale’ : des bottes ou bottines cachées dans son arrière boutique qui étaient des modèles des plus grands designers italiens !
Je porte encore une sublime paire de bottines de chez lui … Je les nourris chaque été (c’est-à-dire depuis cinq ans) avec amour ! 

Un jour, le ciel m’est tombé sur la tête : j’ai trouvé porte close !
Je suis revenue plusieurs fois….. Et j’ai fini par demander au commerçant voisin, un coiffeur, où était l’Italien.
Le coiffeur m’a répondu qu’il était parti, un jour, en catastrophe, en Italie ; que le courrier continuait à arriver et qu’il devait revenir….un jour !
Avec mes amies, nous avons émis les pires hypothèses : l’Italien était un maffieux et avait été descendu dans un règlement de comptes! Ou bien, il avait été dénoncé pour refus de vente et interdit d’exercer!

Souvent, lorsque je vais à Paris, je fais le détour par la rue Juge et le magasin est toujours fermé.
Jamais je n’ai retrouvé le niveau de confort et le rapport qualité-prix des chaussures de cet Italien.

Mes pieds portent encore le deuil de cet artiste et de ses exquis produits.
Aujourd’hui, je suis lasse d’acheter des chaussures merdiques qui ne font qu’une saison et qui sont d’un inconfort sans nom ! Je rêve de trouver des chaussures confortables, belles et de bonne qualité (pour moi, ‘de bonne qualité’ signifie qui dure plus de dix ans)

Chers lecteurs, si vous avez une ou des marques à me conseiller, faites-le !Mes pieds aimeraient un jour pouvoir se remettre de la disparition de l’Italien !

5 réflexions sur « Histoire de chaussures »

  1. Mon reve!..: des chaussures confortables pour y caser mes pieds « larges » (pour cause d’un amour immodere des tongs! mes filles m’ont meme offert des chaussettes japonaises pour que je puisse m’en servir l’hiver).Du coup, le retour en pays froid fut un calvaire!chaque orteil avec un pansement, achat en urgence d une paire de tennis sous peine de ne pouvoir marcher jusqu’au domicile de ma fille la premiere fois que j’ai voulu mettre mes bottes(ben oui, a Paris il fait froid en septembre) et je me retrouve donc avec des genres tennis tt en bavant devant d adorables chaussures.
    Biz a tous et avec un peu d’avance Joyeux Noel! Nous on va en France: Toulouse puis Paris.

  2. AH lala, Aurore, je suis une Princesse qui pleure aussi…
    depuis que notre Italien a fermé, j’ai du mal à acheter des chaussures et surtout je les trouve très très chères….

  3. Coucou Nat,
    J’étais presque certaine que tu réagirais …
    Bizaremment, j’ai remarqué hier un magasin de chaussures, juste devant le Carrefour Express où je fais parfois mes courses…Et j’ai essayé une paire de chaussures ARCHE : ouah …super confort ..super cher, également!

    Et ce matin, une copine m’a donné une paire de chaussures qu’elle ne voulait plus : des CLARKS! Wouah… quel confort !On dirait des pantoufles!
    En plus, j’ai de la chance, il y a un magasin en haut du Lamcy Plaza, à Dubaï, qui solde les CLARKS toute l’année !!

  4. Alors moi je vais chez Garrice, j’y ai un statut VIP (le Ber était sur le c..) , j’ai eu droit à une fermeture du magasin où l’on pouvait choisir ce que l’on voulait essayer deux jours avant soldes au prix des soldes … les nanas nous voyaient dans la boutique et voulaient rentrer et le vendeur leur disait c’est FERME !!!!

    Alors sache Aurore que de nos jours les pompes à 350 F ca n’existe plus ! sinon c’est du plastique.

    Pour celles qui veulent du produit sur mesure, site spécial gros mollets pour les bootes : DUOBOOTS.COM

    Voilà voila !

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