Il y a quelque temps, j’ai découvert avec beaucoup d’intérêt un billet de Fabien au sujet de la nécessaire réforme scolaire.
L’après-midi qui a suivi cette lecture, j’ai surpris une conversation entre mes garçons et j’ai pâli en réalisant que mes gars, bien qu’ils ne sachent pas écrire dans une orthographe parfaite, étaient déjà presque des lettrés (en opposition aux illettrés) du XXIe siècle.
Dans son billet, Fabien évoque six connaissances indispensables à notre époque.
Et en observant mes garçons s’approprier un nouveau jeu sur ordinateur, j’ai réalisé qu’ils avaient déjà acquis une petite partie de ces compétences, à savoir :
- utiliser des outils technologiques (le PC, le scanner et tous les gadgets technos de la maison)
- Construire des relations avec les autres pour poser et résoudre des problèmes de manière collaborative. En effet, pour avancer dans leur jeu, Tristan et Baptiste reviennent de l’école, tous les jours, avec de nouvelles solutions et documents qu’ils échangent avec leurs copains. Ils s’envoient des mails pour communiquer sur le sujet. Ils n’écrivent pas encore sur des forums mais ils en visitent. Ils se téléphonent pour résoudre ensemble des problèmes. Par exemple, Dimanche après-midi, ils ont fait une réunion téléphonique à quatre pour mettre en place un serveur partagé pour accéder en mufti-joueurs à leur jeu favori !
- Manager, analyser et synthétiser des flux d’informations simultanées (ils sont effectivement capables de lancer une recherche sur internet, de lire et synthétiser une série de pages internet, de visualiser des vidéos pour aller chercher les informations nécessaires à l’avancée dans leur jeu. Ils synthétisent le tout sous forme de petits tableaux et diagrammes qui leur servent d’aide-mémoire).
- Critiquer, analyser et évaluer des textes multimédias. Ils sont en effet capables d’évaluer si l’information est pertinente ou pas. Tristan m’a explicitement dit: « quand je fais une recherche sur ce jeu, parfois je tombe sur des pages ou des informations nulles. Ce n’est pas la peine de les lire, je perdrais mon temps. » Je l’ai questionné mais il n’a pas su verbaliser comment il savait que c’était nul…mais apparemment, il le sait très bien.
Bref, en lisant le billet de Fabien, je me suis sentie un peu injuste car je me suis dit que les jeux sur PC, que j’avais diabolisés, avaient peut-être de sérieux avantages et développaient des capacités d’auto-apprentissage chez les jeunes.
Alors que je venais de terminer la lecture du livre de Sugata Mitra, Beyond the Hole in the Wall ((qui raconte des expériences d’auto apprentissages chez des enfants)), j’ai commencé la lecture d’un livre de Will Richardson et je suis restée scotchée à la troisième page.
En effet, en prologue de son bouquin, Richarson raconte comment son fils de 13 ans a appris tout seul à se servir de Minecraft : il présente le cheminement de son fils pour comprendre et jouer à Minecraft et ajoute que le jeu lui parait plutôt bien.
Minecraft, c’est le jeu avec lequel me bassinent Tit et Bapt depuis quelques semaines … Et leur façon d’apprendre le jeu est identique à celle de Tuster, le fils de Richardson (mise à part que mes fils n’ont pas fait de vidéoconférence avec leurs copains. Ils se contentent d’échanger des informations à l’école ou par téléphone).
Au moment où je lisais ce fameux prologue, Timothée, un copain de Tristan, passait le week-end à la maison et j’avais laissé le PC aux trois garçons pour jouer.
Je me suis dit que j’allais les interviewer au sujet de ce jeu auquel j’avais refusé de m’intéresser pendant des semaines.
Ils ont été d’ailleurs enchantés car parfois, ils me supplient : « s’il te plaît, laisse-nous te parler de Minecraft! Juste 5 minutes ». Je réponds systématiquement non… Et là, voilà que je leur annonce : « les garçons, je vais vous interviewer au sujet de votre jeu. Je vais écrire un article à votre sujet « . Ils avaient des petites étoiles dans les yeux !
À suivre avec l’interview des garçons !
Bonjour Aurore,
Merci de citer mon billet sur l’éducation. Il se terminait par la double interrogation suivante : « Selon ces critères, combien de personnes autour de nous sont des illettrés du XXIe siècle ? Combien des enseignants à qui nous confions nos enfants le sont ? » J’étais alors très politiquement correct car, bien entendu, tout parent peut se poser la même question à propos de lui-même.
Dans le même article, j’écrivais : [i] »Selon le psychologue Herbert Gerjuoy, un illettré est aujourd’hui quelqu’un qui ne sait pas en permanence apprendre, désapprendre et réapprendre. »[/i] Ce qui est intéressant dans cette phrase est le mot désapprendre. Parents et enseignants doivent aujourd’hui désapprendre les méthodes d’éducation du siècle précédent pour en réapprendre de nouvelles qui intègrent des éléments des anciennes méthodes, en suppriment d’autres, et en ajoutent de nouvelles.
Tu n’es pas le seul parent à avoir diabolisé les jeux vidéos et le cher Minecraft. La plupart de ceux qui le font n’y ont jamais joué ou s’ils ont essayé, ne s’y sont pas révélé brillants. Comment alors savoir si ces jeux sont utiles ou néfastes ?
Toutes les études de psychologie des enfants montrent qu’aujourd’hui les enfants sont plus influencés par leurs pairs que par leurs parents, et apprennent plus avec les premiers qu’avec les seconds. Je me demande si ce n’est pas comme cela durant chaque grande transition.
Aujourd’hui, pour faire de nos enfants des lettrés du XXIe siècle, il faut soit leur foutre la paix, soit en devenir un soi-même pour pouvoir les accompagner. Je crois que le monde a besoin que nous choisissions la deuxième solution.
J’attends avec impatience l’interview !
Très amicalement,
Fabien
Salut Fabien,
Merci pour ton complément d »explication, utile à ceux qui n’iront pas lire ton billet.
« Comment alors savoir si ces jeux sont utiles ou néfastes ? »
Tu verras que les garçons ont très intelligemment répondu à cette question dans leur interview! Ils font apparemment bien la différence entre différents types de jeux …. Suspense ….
« Parents et enseignants doivent aujourd’hui désapprendre les méthodes d’éducation du siècle précédent pour en réapprendre de nouvelles qui intègrent des éléments des anciennes méthodes, en suppriment d’autres, et en ajoutent de nouvelles. »
Faire passer cette idée, auprès de certaines personnes est parfois difficile.
Depuis la lecture de ton billet, je lis, je me documente, je discute… J’amène ces sujets dans la conversation… Bref, j’avoue avoir pris mon bâton de pèlerin sur ce sujet et conseiller les saines lectures que tu nous proposes sur ton blog et qui nous font réfléchir.
Pour l’instant, j’ai croisé deux types de personnes : ceux qui sont totalement fermés à ces idées et qui ne comprennent même pas de quoi je parle, et … bonne nouvelle … ceux qui perçoivent qu’il faut changer les méthodes mais qui ne savent pas trop quoi faire et qui se réjouissent de pouvoir lire, se documenter et construire leurs idées sur ce sujet.
J’ai également la chance d’avoir pu intégrer un sous groupe de réflexion sur l’accompagnement & le suivi des élèves à l’école de mes enfants : un projet de redéfinition de l’organisation de cette école est en cours…..
C’est un projet qui intègre enseignant, parents et élèves.
Bref, une occasion de faire passer des idées et de planter les petites graines du changement….. Enfin, j’espère!
Excellente journée à tous !
Aurore