J’ai fait un aller retour à Paris pour suivre une formation de 48h00.
L’été dernier, lors de mon séjour à Paris, je m’étais dit : « Paris c’est chez moi » ; cette fois l’impression a été tout autre !
Je vous livre mon ressenti : Paris est gris, triste, morose. Dans le métro et le RER, les gens sont habillés tout en noir, gris ou marron….même qu’avec mon manteau rouge et ma frimousse bronzée, j’ai l’air d’une extra terrestre !
Un rail est cassé à la station Chatelet, alors je mets une heure et dix minutes pour faire Roissy – La Défense. Pfft, c’est chiant le métro !
Et puis tout est sale –et là, je réalise que j’ai perdu mes références indiennes car, avant, je trouvais le métro et Paris extraordinairement propre !
Le centre commercial des 4 temps, que j’ai eu l’occasion de traverser et de redécouvrir (j’ai travaillé 3 ou 4 ans à la Défense….il y a longtemps) est tout beau et rénové (mais il est tout minus et crados par rapport à un centre commercial Dubaîotte).
Je m’arrête chez Séphora (l’une des rares enseignes non représentée à Dubaï) et je suis effarée par le nombre de produits proposés pour un même usage. Comment peut-on proposer autant de choix ? En quoi ces produits sont-ils différents ? J’avoue que cette folie consommatrice m’échappe (ça doit être un reste positif de l’Inde !!).
Le lendemain matin, je me rends dans le 12ème, place Daumesnil pour récupérer ma carte bleue à la banque. J’effectue à pied et avec plaisir le trajet entre Nation et la place Daumesnil, j’ai fait ce trajet des milliers de fois (j’ai habité cet endroit pendant 4 ans).
Rue Jaucourt, je revois l’échographe qui me suivait lorsque j’attendais les garçons, puis je passe devant la rue qui mène à la maternité, puis devant la boulangerie, la pharmacie, je m’attarde devant tous les commerces de l’époque, le bébé cash , etc…. C’est reposant de constater que certaines choses ne changent pas et que certains quartiers ne sont pas atteints par la fièvre des travaux.
Un seul changement pourtant: l’immeuble qui faisait l’angle de la rue de Santerre et Rue de Picpus a été rasé !
Je passe devant la rue qui mène à mon ancien appartement …et je me dis que, finalement, mon vrai chez moi à Paris, c’était ici, dans le 12ème. Vincennes, ce n’était pas chez moi !
Je continue à remonter la rue : tous les commerces sont intacts, j’aperçois les lions de Daumesnil. Je passe à la banque et je replonge dans le métro : mon stage va bientôt commencer, je suis presque en retard !
Pendant le temps que dure le trajet qui mène à Glacières, je réalise que ce monde (= Paris, la France) me parait émerger d’un passé lointain, comme s’il s’agissait d’une autre planète, d’une autre vie, d’une dimension parallèle.
Alors je me dis que chez moi, c’est Dubaï.
Chez moi, c’est un peu partout où les gens parlent des langues différentes, où diverses cultures vivent ensemble, se croisent, échangent ou n’échangent pas comme si tout était normal, comme si la seule référence commune était justement l’absence de références communes.
Bref, désormais, je serai toujours étrangère dans mon propre pays.
Et chez moi sera partout où L’Autre est différent (et partout où le soleil brille).
Lorsque le taxi m’a ramené à la maison (à Dubaï), je me suis dit que c’est vraiment chez moi. La vue du Burj Al arab (ma tour Eiffel locale) m’a immédiatement apporté ce soulagement que provoque la vue d’un objet ou édifice familier.
Aucune doute n’est plus possible : je suis bien un enfant de la troisième culture.
Pour ceux que le sujet intéresse, il existe un très bon livre (en anglais seulement) : Third Culture Kids de David C. Pollock et Ruth E. Van Reken qui explique les conséquences sur les enfants et les individus d’une éducation multiculturelle, c’est-à-dire hors de sa terre d’origine.
Heureusement, j’ai retrouvé en stage des gens qui parlent la même langue que moi ! Ils n’étaient pas forcément des enfants de la troisième culture mais ils possédaient tous la capacité à les comprendre ! L’impression d’être une étrangère s’est alors effacée …..
Et les petits gâteaux de Dubaï, ils se sont bien intégrés dans le stage ??
Bizzzzzz
3ème Culture // 3ème dimension = c’est peut être aussi pour cela qu’en Inde on nous appelait les Alliens !!!
hello,
je ne sais pas si je suis une enfant de la 3eme culture, mais je partage ton point de vue sur Paris et la sur-offre.
Lors d’un stage sur la communication, la prof nous a expliqué que les tenues sombres et l’air renfermé des parisiens est une espèce de méga-synchronisation…
Ne crois-tu pas que « chez soi », c’est surtout là où est sa famille (conjoint et enfants) et où on est heureux ?
tout simplement…
Les boules… Déjà « avant » je me sentais en décalage, si c’est pire au retour, ça va donner ;)) Mais il va falloir que je potasse le livre pour ma puce, histoire de préparer le terrain et d’entretenir les ouvertures tout en limitant le sentiment d’isolement que procurent ces éducations différentes. Merci pour le tuyau !
Chez soi, et avec les autres, je pense que c’est différent. De quoi parler avec les autres (enfants ou adultes, c’est un peu pareil) si on n’a pas de « contexte commun » ?
Chez, dans sa famille, on a un vécu de famille. Mais une fois hors de cette bulle, comment nouer des liens avec les autres si on n’a pas de culture commune ?
Aurore, tu parles de ces liens qui se créent autour de l’absence de culture commune. Cette « absence » me semble déjà une culture commune (celle de l’expatriation, ou comment réagir à la perte de nos repères et à l’ouverture aux autres façons de vivre), la « norme » dans les milieux expats. Mais une fois de retour dans LA culture originelle, non seulement on a manqué un bout le temps de notre absence (et la soci’eté évolue), mais en plus notre esprit cadre de moins en moins avec les normes acceptées par les autres.
Je me souviens de discussion avec des amis qui avaient vécu des expats, et je me rappelle avoir senti parfois que ce qu’ils disaient m’échappait, comme si je ne pouvais plus comprendre le sens derrière les mots (le contexte ?). Je crois, je m’avance sans doute, qu’aujourd’hui, je « comprendrais ».
Ouh là, j’espère ne pas vous avoir fait de noeuds au cerveau, je ne dois pas être claire du tout !
Hello Virginie de Bangalore,
Mon premier conseil serait de lire le livre sur la Spirale dynamique. Je ne cherche pas à faire le pub pour Fabien et Pat qui n’en ont nullement besoin. Mais je crois sincèrement que la compréhension de la Spirale (= systèmes de valeurs) est INDISPENSABLE à une saine expatriation.
Comprendre la Spirale, c’est porter un regard nouveau sur l’expatriation… (Genre tu serais beaucoup moins énervée avec tes indiens si tu savais comment manager des individus en Vmème dominant VIOLET !)
Peut-être découvriras-tu que tu étais déjà avant en décalage de vMème avec tes concitoyens (les francais hein .. pas les indiens!!) ?!
Je m’interroge pas mal sur ce décalage que je ressens et qui est indéniable (je sais que mes parents l’ont clairement ressenti lorsqu’ils sont rentrés en France après toutes leurs années d’expat).
Je n’ai encore jamais vraiment réfléchi à la question. J’ai exprimé dans ce billet un simple ressenti.
Intuitivement, je crois que le décalage ne provient pas d’une simple différence de vMème. Je crois que le panachage de Vmèmes chez un individu expatrié est fondamentalement différent de celui d’un individu étant resté dans sa culture d’origine. Parce que l’expat a eu l’occasion de revisiter des Vmémes ou a eu accès à des Vmèmes inconnus pour lui auparavant.
Je pense que la personnalité (qui doit influer sur la flexibilité sur la spirale) doit également jouer dans l’adaptation et la réadaptation.
Je ne rentre pas dans le détail technique mais il faudra un jour que je discute de mes hypothèses (après les avoir formellement exprimées) avec l’Expert.
PS : Le livre sur la spirale devrait également t'intéresser par rapport à tes anciennes fonctions!
bonjour Aurore,
Je ne me suis jamais expatriée, mais j’ai visité à peu près toutes les provinces du Nord de la France, y compris la région parisienne, depuis que j’ai commencé à travailler.
Et j’en suis arrivée à la conclusion qu’il y a une différence entre parler un langue et connaître un pays. Ainsi, j’ai passé toute mon enfance en Normandie, et même si je ressens une certaine émotion en retournant dans cette région, j’ai aussi l’impression d’avoir loupé un bout du film chaque fois que je reviens là-bas. La société évolue, ma ville natale évolue et même si grossomodo, en France, l’évolution reste assez homogène, tes repères d’ il y a quelques années sont à revoir. Ce n’est donc pas uniquement une histoire de Vmèmes…
Quand tu arrives à l’étranger, ou quand tu reprends contact avec l’étranger, comme c’est mon cas actuellement avec l’Allemagne, l’impression est d’autant plus grande que tu as loupé tout ce qui a pu faire bouger la culture du pays : la langue que tu as apprise n’est plus parlée que par les personnes d’un certain âge, les habitudes ont évoluée… Et tout le monde se bidonne à table quand on fait référence à une bonne blague passée à la télé, mais toi tu ne ris pas avec les autres car tu ne connais pas la blague en question.
Je pense que les étudiants intégrés dans les grandes écoles suite à l’instauration de quotas pour favoriser les ZEP et autres ZUP ne sont pas moins dépaysés : entre copains, les autres parlent de leurs dernières vacances à Courchevelle, de greens de golf au Mroc, de plongée ou de surf au bout du monde, et eux… Et bien, dans un premier temps, ils connaissent surtout le terrain de foot de leur quartier… et la base de loisirs de champ sur marne…
Les références culturelles vont au-delà des Vmèmes,… Elles sont pour ainsi dire invisibles, mais quand tu reconnais instinctivement ceux ou celui qui ne fait pas partie du groupe (et de ce côté là, les 6 ont un atout majeur, voire une malédiction), tu ne peux pas louper les gaps…
Bien à toi,
jorune
Hello Jorune,
J'ai vécu la différence culturelles dont tu parles (et qui est effectivement au delà des Vmèmes) lors de mon retour en FRance vers 15 ans.
CA a été un choc terrible!
Bien avant ce retour, je me souviens qu'un jour, je devais avoir entre 10 et 12 ans, une fille de ma classe était en larmes et je lui avais demandé ce qu'il se passait, elle m'avait répondu : "Claude Francois est mort". J'ai alors naturellement demandé si c'était quelqu'un de sa famille …et elle m'avait regardé comme si j'étais la plus grande débile de la terre !! -:) Je ne savais pas qui était Claude Francois…gros gap culturel avec ma petite copine d'école !!!
J'avais l'impression que, cette fois, mon ressenti était différent, qu'il s'agissait d'autre chose que cette différence culturelle, ce gap qui se creuse car les références culturelles sont devenus différentes.
J'ai encore du mal à le définir. Je sais que l'Inde a totalement changé notre regard sur le monde (nous nous en faisons souvent la réflexion avec MArco) mais je n'arrive pas à définir en quoi ce regard est si différent, en quoi il nous fait voir le monde autrement.
Il faudra un de ces jours que je creuse ce ressenti et que j'écrive un billet.
CE qui est certain, c'est que l'été dernier, j'avais encore dit "Paris c'est chez moi!" et je me sentais totalement intégrée dans ce monde parisien. 7 mois plus tard, j'ai l'impression de venir d'une autre planéte.
Je crois que 7 mois, c'est trop peu pour creuser un gap de référence culturelle. Alors, effet de Dubai, autre…..?
A suivre …..
Ton intervention sur Parrrrissseeee, je la partage. Quand je prends le métro, RER, Avion à Paris pour le boulot, je trouve la région parisienne d’un triste à se tirer une balle. Et ca ne fait que que 7 ans que je vis à Toulouse. A paris, tout est gris, béton, sale, très sale, ca pue non seulement la pollution (le pire a été quand je suis rentré dans la RER nation, le choc), mais ca pue aussi la saleté humaine (déchets etc.). Tous ces visages de gens qui te marche dessus dans le métro car ils vont perdre 30 secondes. Tous ces immeubles ou tu ne vois pas le soleil de la journée.
Mais comment font-ils ?
Salut les filles, tres passionnant tout ca. Je vais bientot avoir 3 etudes de cas pratiques (Adri 14 ans, Melo 12 ans, et Thomas 9 ans) retour Inde/ France prevu fin juin, apres trois ans d’expat. Je me pose plein de questions. Pour moi, d’apres mon experience pro aupres des enfants, la solution serait l’ancrage dans une culture d’origine, culture de reference, et ensuite l’ouverture au monde. Grande discussion avec Laurent, on n’est pas d’accord du tout. Je vais donc bouquiner le livre que tu conseille Aurore, je suis assez acro sur le sujet.
J’ai terminé ce bouquin pendant mes vacances (en fait, je l’avais survolé mais jamais lu en profondeur).
Il est passionnant : je suis bien une ATCK (Adult Third Kid Culture) avec le kit complet, c’est à dire les défauts et qualités relevés chez de tels individus.
Le livre a fait sens pour moi de la première à la dernière page… J’avais l’impression qu’il racontait mon histoire! INCROYABLE!!
Il est impératif pour tout parent de le lire, ce qui leur évitera beaucoup d’erreurs (nombreux exemples dans le livre), notammnent dans les cas où l’enfant est ramené vers sa terre d’origine (ce qui est finalement le plus difficile car l’enfant n’est plus pareil et restera différent toute sa vie).