TCK : épisode 1

Ayant terminé la lecture du livre Third Culture Kids de David C. Pollock et Ruth E. Van Reken, je vous propose une nouvelle série qui vous fera part de mes réflexions/ressentis/remarques sur le sujet. Je me suis totalement reconnue dans tous les exemples de ce livre, qui a été pour moi une révélation.
TCK : Third Culture Kids
ATCK : Adult Third Culture Kid
(ce que je suis : une TCK devenue adulte)

Les TCK ne sont pas un phénomène nouveau : autrefois réduit à une population d’enfants de militaires et diplomates, ils sont aujourd’hui en nombre croissant et leur typologie a évolué (avec l’arrivée de la mobilité dans le monde du business).
Les auteurs pensent que les TCK étaient auparavant une exception et, que dans le monde de demain, ils vont devenir la norme : les Global Nomades seront mieux armés pour s’adapter. J’aime cette idée …..

Un TCK est une personne qui a passé une part significative de ses années de développement en dehors de la culture d’origine de ses parents. J’ai tendance à penser que plus l’enfant a passé de temps en période de construction identitaire (Vmème ROUGE et BLEU) dans des cultures différentes, plus l’impact sera fort (à noter que le livre ne parle absolument pas de la Spirale, toutes les réflexions sur le sujet sont de mon cru)
Ces enfants sont exposés à une double, triple ou multiples cultures.

Deux caractéristiques essentielles se retrouvent chez tous les TCK

  • avoir été réellement élevé au contact de deux cultures différentes minimum (là encore, il y a des écarts : un petit français élevé en Suisse n’aura pas les mêmes impacts qu’un petit français élevé au fin fond de Bornéo)
  • Avoir vécu dans un monde à forte mobilité (généralement un déménagement de pays tous les 3 ans). Le monde du TCK se caractérise par le fait qu’en une nuit et un vol en avion, tous ses repères disparaissent et il arrive dans un culture totalement différente de la précédente.

Quelques caractéristiques complémentaires se retrouvent chez la majorité des TCK (mais pas tous) :

  • Avoir été différent des gens de leur terre d’accueil, ce qui leur donne une perception complètement différente du monde
    En ce qui me concerne, je me souviens du jour (trés tardif) où j’ai découvert la notion de « peau blanche » et "différence de couleur" pouvant donner lieu à du racisme. Comme j’étais toujours bronzée, je n’avais jamais vraiment fait la différence entre un Indonésien et moi. Le jour où je suis rentrée en France, j’ai découvert que j’étais « blanche » et j’ai eu un choc énorme. J’ai également découvert que des gens pouvaient en juger d’autres sur cette notion de couleur de peau. Pour un TCK c’est une idée qui ne lui traverse même pas la tête : qu’il y ait des gens blancs, noirs, café au lait, jaune, vert (oups pas encore rencontré de martienClin d'oeil ) est une chose totalement normale.
    Le trait est déjà notable chez Tristan dont les meilleurs copains se sont appelés Toya (Japonais) , Yanis et Martin (Français), Keylan et Ashita (Indien), Justus (Allemand blond) et s’appellent maintenant Mohammed et Abdallah (Arabes), Ditlev (Pays nordique) et Wan Ze (singapourien).
    Le TCK perçoit que le monde est multiple avec des gens différents, sans jugement (après il trouvera des cons et des abrutis dans toutes les cultures, y compris et surtout sa culture d'origine ..mais c’est un autre débat !)
  • Les TCK savent qu’un jour, ils rentreront dans leur culture d’origine (ils ne sont pas des immigrants)
  • Les TCK vivent généralement dans des conditions privilégiées en raison du statut professionnel de leur parent
  • Les TCK sont plus conscients de l’importance de leur nationalité que leurs pairs restés au pays.

La première conséquence de ce type d’éducation est l’impression d’être de partout et de nulle part.
L’une des questions les plus difficiles pour un TCK est « d’où es-tu » ("Where are you from ") J’ai presque 40 ans ….Et aujourd’hui encore cette question est compliquée. Chaque fois qu’on me la pose, je retiens ma respiration et ne sais que répondre.
Je réponds souvent « je suis française » si je n’ai pas envie d’approfondir la conversation ou bien je réponds ‘from Parissssse'. Mais la plupart du temps, cette réponse est inexacte et j’ai besoin de la compléter (je reste mal à l’aise avec "française from Pärisssse"), ce qui prend 15 bonnes minutes et donne : "je suis née dans le Sud de la France mais j’ai été élevée en Asie et au Moyen Orient, puis j’ai travaillé 15 ans à Paris, puis j’ai vécu en Inde et maintenant je suis à Dubai et j’ai une grand-mère espagnole et une autre Italienne et deux grands pères francais… Mais bon en fait, je me sens partour chez moi à condition qu'il y ait un mélange culturel". Mon cas est typique et révélateur. C'est sans doute pour cette raison, que je me sens totalement chez moi à Dubaï!

Les études ont prouvé que les TCK et ATCK se reconnaissent entre eux et il se crée immédiatement une connection (un américain élevé dans un pays d’Afrique noire se trouvera des tas de points communs avec un japonais élevé à Genève).
Effectivement, c’est vrai. Lorsque je suis rentrée en France , les premiers vrais amis que je me suis fait étaient des TCK (une franco algérienne, des réfugiés politiques iraniens, une italienne élevée à Londres et à Paris , etc…). Si je regarde la liste des amis que j’ai conservé de ma période parisienne ou de mes années d’études supérieures, il ne reste quasiment que les TCK (Murielle –française d’origine Indienne élevée dans de nombreux pays ; Nat issue d’une culture franco allemande, Karima issue d’une culture franco marocaine, Sandrine une TCK élevée au Maroc , etc….). Il y a quelques rares exceptions (je pense à Sébastien) qui sont des grands voyageurs et des gens qui font preuve d’une grande ouverture d’esprit.
C’est en lisant ce livre que j’ai réalisé que tous ces amis fidéles n’étaient pas là par hasard. Ils sont presque tous comme moi des ATCK !

A suivre……

8 réflexions sur « TCK : épisode 1 »

  1. Baptiste présente déjà certaines caratéristiques du Global Nomad.
    Pour lui déménager d'endroit est une habitude. Lorsque nous sommes arrivés à l'hôtel à Oman, il m'a dit "ah c'est notre nouvelle maison?".
    J'ai répondu : "c'est notre maison pour 6 dodos; ensuite nous rentrons à Dubai et nous reverrons Neneth. Nous sommes juste en vacances". il avait l'air rassuré (de revoir Neneth).
    Lorsque nous sommes rentrés à Dubaï, il a pleuré 15 minutes dans la voiture en hurlant "ze veut retourner à Oman au 'estau'ant"…. Apparemment "chez Baptiste", c'est partout où il y a de bons restaurants !!!!!!

    Il nous avait fait le même trip en revenant de notre nuit dans le désert, il voulait retourner "à  sa maison du désert". Oui "Chez Baptiste", c'est partout où il y a "son Papa, sa Maman , Tristan, Doudou et des bonnes choses à manger…."

  2. Nos enfants ont indéniablement une très forte capacité d’adaptation. Bien sûr leur personnalité influe sur le temps qu’il leur faut, mais ils sont impressionnants. En contrepartie, ils ont souvent l’impression que chez eux c’est nulle part !!! Et à l’adolescence ils te reprocheront sans doute de les avoir empéchés d’avoir des amis d’enfance… Mathias entre dans l’adolescence mais je sais depuis longtemps que c’est lui qui aime le plus bouger, et comme il est question que nous restions 6 ans ici, il trouve cela un peu long. Il ne veut pas rentrer en France, juste aller dans un autre pays, ou une autre ville en Chine. Il est très excité par la nouveauté. Joris le vit plus mal, il a besoin de connaître son environnement et d’avoir ses repères. Quant à Nathan, il adore visiter les maisons, c’est une obsession, son chez soi, où qu’il soit, est essentiel, l’environnement importe peu. Ce sont tous les trois des TCK et pourtant ils réagissent de façon très différente.

  3. Coucou Aurore….
    Suite à la lecture de ce post je viens d’examiner la liste de mes amis et des gens que j’apprécie…
    eh bien bingo! tu as tapé dans le mile, je suis moi aussi entourée exclusivement d’ATCK …
    Je crois que je vais commander dans la foulée le bouquin en question….
    bises!

  4. Hello les filles,
    @Isa : Il est normal que tes 3 fils réagissent de façons différentes; ils sont de 3 enneatypes différents. Les TCK ont des caractéristiques communes mais chacun réagit à sa manière à son vécu en fonction de ses motivations profondes et de ses valeurs.
    Il est intéressant de noter que Nathan, de part sa réaction, confirme mes hypothèses concernant son type (= focalise sur la maison, son chez soi.. Probablement car il s'y considére en sécurité. Dans la transition, le plus important pour lui est alors de se reconstruire un périmétre de sécurité, un nid douillet … Tu peux vérifier ce point avec lui et le prendre en compte lors de ton prochain move, ce qui devrait diminuer ses angoisses…)
    @ Bahia : je pense que tu apprécieras le livre, qui se lit trés facilement (anglais accessible, trés bien structuré et des exemples parlants !).
    Tu noteras que nos maris respectifs ne sont pas des ATCK…Un bug?? Non bien sur! J'ai une petite hypothèse personnelle sur ce sujet, que je compte développer dans un prochain billet!!!!
    A suivre……

  5. ATCK, moi ? oui, vues mes origines… (tu as oublié le tchéque pied-noir, en+ …).
    mais, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’avec Philippe d’origine italienne par son père, nous recherchons une espèce « d’ancrage », « d’enracinement dans une terre » (la France en l’occurence), qui expliquerait notre côté très cocoon et pas globetrotteur du tout…
    Maintenant, çà n’empêche pas l’ouverture d’esprit…

  6. Hello Nat,
    En fait, je ne suis pas certaine que tu sois réellement une ATCK : même si tu as les origines multiculturelles, il te manque le côté "global nomade" (déménagement tous les 2 ou 3 ans de pays). Quant à Philippe, il n 'est clairement pas un ATCK, puisque les "produits de l'immigration" ne sont pas concernés.
    il n'en reste pas moins que ce que tu dis (cocooning) est exact. Et que ton côté multiculturel a contribué à l'établissement du lien entre nous !

    Un excellent moyen de détecter si on est ou non un TCK ou ATCK est probablement de poser la question "d'où es-tu". Si la réponse est compliquée à fournir … Bingo !
    A noter qu'un ATCK rentré depuis trés longtemps au pays et qui a choisi de s'y fixer peut ne plus présenter cette caractéristique (probablement le cas de mon petit frère Ber – à confirmer par lui)

  7. ah non Aurore, mon mari est un ATCK pur jus, ses parents étaient expats’;
    il est né et a vécu 7 ans au maroc…
    et en plus il est corse, ce qui fait de lui un ATCK à coup sûr – même les corses vivant
    à Nice sont déjà des ATCK 😉
    bises!

  8. AH ben justement Bahia, je me posais la question pour ton mari (je n’avais pas son background en terme de vécu !!)
    Coooooorse ????? Et il survit en région Parisienne…Ca doit être une véritable expat pour lui ! -:)
    Note que les ATCK ont un trés bon sens de l’adaption.

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