Longtemps, je me suis désolée d’avoir un enfant qui n’aimait pas les livres.
J’en étais malheureuse car j’ai eu, dans mon enfance, une relation aux livres très forte.
Quand j’étais petite, j’habitais loin de France : internet et amazon n’existaient pas encore.
Quand j’étais petite, les satellites TV n’existaient pas non plus : je n’avais donc pas accès à la télévision. Nous avions juste un moniteur qui tournait avec un lecteur de cassettes vidéo : je me rappelle avoir passé des années avec seulement un tout petit stock de cassettes vidéo : quelques épisodes de Goldorak et Candy que ma grand-mère enregistrait en France et nous envoyait ensuite en Indonésie ou au Moyen Orient, quelques films classiques (la folie des grandeurs, les sept mercenaires, le jour le plus long, le bon, la brute et le truand… que j’ai dû voir plus de 500 fois !).
Quand j’étais petite, je vivais dans des pays où il n’y avait pas école l’après-midi : autant dire que le temps était long, malgré la piscine et les jeux dans le jardin. Ainsi, j’avais beaucoup de temps pour lire. En plus, je lisais vite.
Tous les trois ou quatre ans, mes parents changeaient de pays ; lorsque j’arrivais quelque part, il me fallait en général moins de six mois pour avoir dévoré tous les livres de la bibliothèque française de l’école ou de la structure, lorsqu’elle existait, qui proposait des ouvrages français.
Bien évidemment, cela posait problème à mes parents qui ne savaient plus comment m’alimenter.
Ils avaient toutefois trouvé une solution : ils demandaient à des Français de me ramener des livres lorsqu’ils venaient dans le pays où nous habitions.
Mon père travaillait dans les forages pétroliers et il existait alors des « rotationnels » : des personnes qui vivaient trois semaines (ou plus) sur la plate-forme puis qui repartaient ensuite en France pour quelque temps.
Je pense que nombre d’entre eux doivent encore se souvenir des kilos de livres qu’ils ont transportés pour la petite Aurore.
Et pourtant, malgré cet astucieux stratagème, la quantité de livres était toujours insuffisante : alors je lisais et relisais mes favoris.
Je me souviens de ce sentiment de fête que j’éprouvais lorsque j’entendais que Untel, rotationnel, arrivait. Je savais qu’il apportait mon lot de trésors.
Comme je lisais trop vite (je pouvais lire trois livres par jour… ben oui, sans télé, sans écran et sans école l’après midi, on a plein de temps), mes parents me rationnaient et me donnaient un nombre limité de livres par semaine pour que le stock dure jusqu’à l’arrivée du rotationnel suivant.
Je me rappelle que parfois, lorsque nous vivions au Moyen Orient, ma maman me proposait de sortir avec elle l’après-midi… Et je refusais. Je prenais alors l’escabeau et j’allais substituer discrètement un nouveau livre par un livre que j’avais déjà lu . Je jubilais tout en ayant très peur que mes parents découvrent que je volais des livres dans le stock tout neuf.
Je me plongeais alors avec délice dans ma nouvelle lecture.
J’ai dû lire une grande partie de la collection rose, verte et rouge et or des années 70/80. Mes collections préférées étaient : Fantômette, Alice, les clubs des 5, le clan des 7 et le délicieux Langelot (même que je voulais être agent secret, comme lui, quand je serais grande).
Autant vous dire que j’ai été frustrée de constater que Tristan n’aimait pas lire alors qu’il avait un accès si facile aux livres.
Malgré ce désamour, je lui ai toujours lu des livres, en prenant des accents et des intonations…Bref, en faisant vivre le livre !
Et puis, un jour, l’an dernier, Tristan s’est mis à lire régulièrement et seul : il se couche rarement sans avoir lu plusieurs chapitres.
Il a pris goût aux livres grâce à Harry Potter (je crois que toute une génération doit beaucoup à J.K Rowling) et a enchaîné avec la collection des Wimpy Kids (parce que Tit lit aussi bien en français qu’en anglais !).
Récemment, il s’est passionné pour l’Odyssée d’Homère qu’il a lu deux fois (merci le prof de Français !).
Il me chipe régulièrement mon kindle et choisit des Fables de la Fontaine.
Avant-hier soir, j’ai trouvé mon Tristan tout malheureux qui m’a dit : « Maman, j’ai fini de lire tous mes livres. Je n’ai plus rien à lire ».
Me souvenant de cette horrible sensation de mon enfance, « je n’ai plus rien à lire », je me suis précipitée sur ma bibliothèque en essayant de lui trouver un livre adapté à son âge… Et j’ai trouvé un roman.
Comme souvent, le premier réflexe de Tristan a été de rejeter ce livre car c’était un roman pour adulte. Pour l’encourager, je lui ai proposé de lui lire à voix haute le premier chapitre (ce que je fais souvent et qui l’aide à démarrer le livre).
Évidemment, Tristan s’est passionné pour l’histoire, si bien qu’il m’a dit, ce matin, : « je veux tellement connaître la suite que je l’emporte à l’école. J’ai une pause de 20 minutes aujourd’hui et au lieu de jouer dans la cour, je lirai la suite ».
C’est la première fois que je vois Tristan aussi « accro « à un livre.
C’est la preuve que la passion des livres commence à le gagner. J’en suis fort aise !
Comme quoi, rien n’est jamais perdu et tout vient à point à qui sait attendre.
Baptiste n’a pas encore attrapé le virus : il ne lit pour l’instant que des livres « techniques » sur les expériences, les volcans, les dinosaures, les animaux et des choses techniques. C’est un bon début.
Si vous êtes parents, voici une liste des livres qui ont vraiment passionné Tristan. Nous la mettrons à jour régulièrement. C’est Tristan qui me dicte ses commentaires.
Bonjour Aurore,
Je me retrouve un peu dans la petite fille que tu decris…
Les temps ont change et aujourd’hui la plupart des jeunes sont plutot axes sur les gadgets electroniques, c’est dans l’air, presque inevitable. J’ai le meme souci que toi avec Rafael qui ne lit que des documentaires. Je pense que beaucoup de jeunes se lancent dans la lecture plus tard vers 17/18 ans… Tout espoir n’est donc pas perdu…
A bientot
Odile
Odile,
Quel plaisir de te lire, ici !!
« J’ai le meme souci que toi avec Rafael qui ne lit que des documentaires. »
J’ai des amis adultes qui lisent beaucoup et qui pourtant ne lisent que des documentaires, des essais ou des ouvrages techniques. !!
Même si je me désole que Bapt ne lise que des documentaires ou ouvrages techniques, je sais que c’est déjà très bien! L’essentiel, c’est de lire, quelque soit le support …même sur écran !!!
J’espère que nous pourrons bientôt mettre en place un SKYPE pour que Raph et Bapt puissent se parler ! Mais je crois que nous avons un gros décalage horaire?!
Grosses bises et bonnes fêtes de Pessah.
Bonjour Aurore et Odile,
Je suis moi aussi une lectrice dévoreuse, à tel point que je n’avais quasiment pas de vie sociale lorsque j’étais enfant. Ma fille aînée est comme moi (avec la particularité qu’elle peut lire en voiture, alors que je vomissais mon estomac au bout de 2 minutes si je m’y essayais), mais la seconde n’aime pas lire. Je me souviens de mamans de mes amies qui « m’utilisaient » dans l’espoir que mon contact aideraient leurs propres filles à aimer la lecture : cela ne produisait qu’un résultat, des plus charmants : lesdites filles ne pouvaient plus m’encadrer. Il me semble que l’amour de la lecture ne peut en aucun cas être forcé, même si un environnement où les livres sont nombreux et à portée de main doit pouvoir aider.
Bises à tous !
Laure