Chaque fois que je vais à la petite école du village ou que je vis une expérience similaire, je ressens toujours une grande joie à avoir partagé ce moment avec ces enfants. Mais une autre émotion se mélange toujours à cette joie : une vague tristesse, une impression de peine et de gâchis.
J’ai longtemps cherché à nommer l’émotion qui m’envahissait dans ces moments et j’ai repensé à Saint Exupéry et Terres des Hommes.
Ce passage écrit il y a presque 70 ans est toujours d’actualité et décrit parfaitement mon ressenti face aux visages des enfants indiens:
"Je m'assis en face d'un couple. Entre l'homme et la femme, l'enfant, tant bien que mal, avait fait son creux, et il dormait. Mais il se retourna dans le sommeil, et son visage m'apparut sous la veilleuse. Ah ! quel adorable visage ! Il était né de ce couple-là une sorte de fruit doré. Il était né de ces lourdes hardes cette réussite de charme et de grâce. Je me penchai sur ce front lisse, sur cette douce moue des lèvres, et je me dis: voici Mozart enfant, voici une belle promesse de la vie. Les petits princes des légendes n'étaient point différents de lui: protégé, entouré, cultivé, que ne saurait-il devenir ! Quand il naît par mutation dans les jardins une rose nouvelle, voilà tous les jardiniers qui s'émeuvent. On isole la rose, on cultive la rose, on la favorise. Mais il n'est point de jardinier pour les hommes. Mozart enfant sera marqué comme les autres par la machine à emboutir… Mozart est condamné.
Et je regagnai mon wagon. Je me disais: ces gens ne souffrent guère de leur sort. Et ce n'est point la charité ici qui me tourmente. Il ne s'agit point de s'attendrir sur une plaie éternellement rouverte. Ceux qui la portent ne la sentent pas. C'est quelque chose comme l'espèce humaine et non l'individu qui est blessé ici, qui est lésé. Je ne crois guère à la pitié. Ce qui me tourmente, c'est le point de vue du jardinier. Ce qui me tourmente ce n'est point cette misère, dans laquelle, après tout, on s'installe aussi bien que dans la paresse… Ce qui me tourmente, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C'est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné."
Texte inconnu de moi,
yeux humides …
Magnifique
et tellement vrai ici ou là-bas …
excellent « food for thoughts »… tres touchee par ce texte, merci de l’avoir partage.